samedi 26 février 2011

« Mardi gras est une période festive chrétienne »

« qui marque, en apothéose, la fin de la « semaine des sept jours gras » autrefois appelés jours charnels. Cette période pendant laquelle on festoyait précède le mercredi des Cendres marquant le début du Carême. De nombreux carnavals ont lieu le Mardi gras. »


Merci Wikipédia.


Dimanche 20 février, c’était justement Mardi Gras à Sydney. On nous l’avait annoncé à grand coup de panneaux électriques, de lumières brillantes et d’affiches aux couleurs criardes. Le Victoria Park devait héberger cette manifestation hautement spirituelle.

On se souvient toujours du conseil de rentrée 2010 à propos de Victoria Park : jeunes internationaux, ne vous promenez pas seuls le soir dans le parc. Vous pourriez vous faire dépouiller par de jeunes errants d’origine hautement douteuse (Aborigène donc) qui peuplent le quartier voisin : Redfern.

Ah Redfern… C’est la hantise de tout Australien blond, fraichement diplômé de sa highschool banlieusarde, qui doit s’aventurer dans les abords de Sydney Uni. On entend bien des légendes à propos de Redfern. La gare, les Aborigènes, toussa, toussa. Meurtres, vols, viols même. Un véritable nid de voyous ! De quoi faire frémir toute mère (blonde) de bonne famille, élevant ses fils d’anciens bagnards dans la stricte tradition anglo-saxone. En fait Redfern est un petit quartier sympa comme tout, pas plus Aboriginalisé que les autres et pas plus dangereux que le reste de Sydney. Mais soit, je divague.

Revenons donc à Mardi Gras, Victoria Park et ses joyeusetés. Deux jours durant on a eu droit à des ballets de camions, d’hommes transpirants au soleil dans leurs petites vestes jaunes fluo de travailleurs municipaux, de pancartes et de publicité, de tentes montées en rang parfait entre deux pelouses. Ils nous ont mis le Park sens dessus-dessous pour Mardi Gras.

Le jour venu, au taquet, on s’est lancé. Nuls crêpes ou enfants déguisés en Cléopâtre, en robot ou en Mario dans le Victoria Park. Nul représentant de l’Eglise non plus (et Dieu sait que les Australiens aiment leurs évangélistes, leurs professions de foi et autres particularités chrétienesques. Il n’y a qu’à voir les This is Life, la bande de tarés qui sévit sur le campus et qui passe la moitié du semestre à distribuer des saucisses gratuites au déjeuner pour attirer dans ses rangs de potentiels fidèles. En fait des gens comme vous et moi, affamés entre deux cours, qui profitent de ce qu’on leur offre, sans daigner écouter les speeches sur la meilleure façon de lire son avenir dans ses propres crottes de nez, selon Jésus. Des arrivistes. Des opportunistes. Des hérétiques). Rien de tout ceci donc dans le Victoria Park.

On fouille nos sacs à l’entrée, on nous annonce gentiment que le BYO est interdit (on ne peut donc pas boire son propre alcool à l’événement. Damned ! Moi qui tenait à ma pinte comme tous les dimanches matin !!), on nous demande quelques piécettes de charité et puis on nous convie à écrire un petit mot sur un panneau géant « SAY SOMETHING » : « euuuuh… » Gros blanc. Je m’en vais m’inspirer de mes prédécesseurs.

« Live your life ! » « Be free !! » « Gay and Proud »

C’est pour la parade, me dit-on, pour répondre à mon regard interrogateur.
La parade ? Quelle parade ?

Celle de la gay pride, abrutie !

Ahhhh. Mais… et… et Mardi Gras ? Les crêpes ? Jésus ? Le Carême ? Toussa toussa ?


En fait je déconne. En y allant je savais très bien que c’était un jour célébrant la gay attitude. D’ailleurs ce n’était pas très difficile à deviner. Parmi la foule de badauds, on réussit à repérer quelques merveilles. Tel un stand qui propose aux jeunes étalons de tester leurs fluides. Moi aussi, j’ignore ce que cela signifie concrètement, hein. Je préfère ne pas savoir, je crois. Et vous non plus. Je dois quand même souligner qu’une foule conséquente entourait ce stand.

On y trouve aussi des hommes matures à moustache, déguisés en soubrettes, la Sydney Femme Guild (je ne sais pas pourquoi le nom est en français. La guilde ne comporte peut-être que des Françaises ? Mystère. J’avoue ne pas m’être aventurée trop près du stand), de jeunes parents avec enfants-poussettes-glaces profitant du spectacle, des autos tamponneuses (symbolisant le choc de la rencontre amoureuse peut-être ?), un stand d’acupuncture pour animaux (vaches, chevaux, poulets… il ne faudrait tout de même pas que nos animaux finissent par être trop stressés !), la société des gay nudistes (qui avaient quand même pour l’occasion revêtu de beaux strings rouges, histoire de ne pas choquer les jeunes parents avec enfants-poussettes-glaces). Entre autres.

Et puis bien sûr l’incontournable société des gays chrétiens ! Eux au moins se rattachaient à l’origine étymologique de ce Fair Day. Certes, je doute que Benoît XVI et ses cardinaux en jupette voient d’un très bon œil les gay christians. Mais on ne peut pas leur reprocher de ne pas être dans le thème !

Tout ça pour dire qu’en Australie, les évangélistes ont beau assiéger les campus universitaires, en nous matraquant à coup de « Jesus is Lord » sur des t-shirts vert criard, ils n’ont toujours rien compris aux principes du Christianisme.
A moins que nommer la pré-gay pride Mardi Gras ne soit qu’une très obvious provocation. Dans ce cas, chapeau bas les Australiens !

Je dis bien pré-gay pride parce que le vrai événement culturel de Sydney n’est pas le miteux Fair Day du Victoria Park, mais la méga parade du 5 mars, se déroulant à Oxford St, le quartier définitivement labélisé GAY par le monde entier. A défaut d’avoir des expositions artistiques palpitantes, des concerts assourdissants, Sydney héberge cette géante gay pride (ainsi que le Flu Tag de Redbull). C’est ce qu’on appelle une vraie culture underground. C’est beau, c’est grand (grandiose même), c’est Sydney.

De quoi me faire un autre article (si je ne me fais pas piétiner entre deux chars à la gay pride, samedi prochain).

mercredi 23 février 2011

Is your room still available?

Hi my name is Maria, I’m student at Sydney Uni. I just saw your ad on Gumtree… I was wondering, is your room still available? No? Too bad (DAMMMMMMIIIIT, interieurement). Cheers!

Good Luck miss!

(Bastard)









Un peu de chiffres:

11 jours à Sydney et 11 jours de homeless attitude.
3 nuits dans le YHA Glebe Backpacker dans une super chambre à deux
3 nuits dans le même YHA, mais dans une chambre à 5 à présent, avec un Anton qui se couche avant 23h et se lève bien après 8h (bordel, on ne va vraiment pas s’entendre sur les horaires, Anton !)
3 nuits dans une chambre avec 3 autres chicas (ambiance sous vêtements par terre, brosse à cheveux dans le lavabo et Cosmos en tapis de sol).
3 jours de squattage chez Alice à Stanmore
4 jours supplémentaires à crécher Dieu sait où.

D’échec en échec, mon budget s’est réduit et mes standards de vie aussi.

Je suis officiellement homeless pour le deuxième semestre.

Pourquoi ?

Parce que :

1 refoulage chez mon ancien proprio
2 chambres trouvées par hasard en tapant à des portes random
4 chambres passées sous mon nez
4 castings passés (et ratés) pour 4 chambres terribles !
6 visites par jour en moyenne
20 visites à Shepherd St, Abercrombie St et King St
33h passées a la Sci Tech/cybercafé

… sans résultat.

Et parce que :


6 déjeuners au Thai La Ong
11 diners au Broadway Food Court
19 pauses pipi au Broadway Shopping Center
46 cafés au Parma

Sans oublier:

243 actualisations de la page Gumtree.


Je suis donc devenue une backpackeuse d’enfer. Enfin une backpackeuse avec une valise (faut pas déconner. L’Indonésie et la Tasmanie, ça passait encore. On pouvait se permettre d’être clodo. Mais là on est revenus à la civilisation, non mais oh !)

Comment reconnaitre une backpacker-addict ?

1. Je sais comment me déshabiller/habiller/maquiller/démaquiller/coiffer/fouiller dans ma valise/manger/me brosser les dents, dans le noir absolu sans réveiller mes colocataires
2. Je sais quelles douches sont toujours sales, quelles douches ont la meilleure pression et lesquelles n’ont jamais d’eau chaude
3. Je peux faire le chemin chambre/toilettes dans le noir, à cloche-pied
4. Je passe plus de temps a la bibliothèque de l’uni/dans le bus/au Broadway Center/chez les autres que dans ma chambre
5. Je n’ai pas fait un vrai repas depuis 13 jours
6. Je me nourris de café et de muffins ou de repas au food court à 10 dollars
7. Le gars du backpacker m’a filé une carte de fidélité
8. 80% de mes affaires sont enfermées dans un long-terme storage au backpacker
9. Ma vie tient dans mon sac à main


Apres 11 jours à écumer tous les sites de logement à Sydney, les résultats sont décevants: de multiples échecs et une seule possibilité: vivre à Perpette-les-oies, à St Peters, une ville desservie par UN bus et UN train. En se fiant à la régularité des moyens de transports sydneyens, il y a de quoi flipper.
Adieu Chippendale, adieu Glebe, adieu Newtown. Adieu même Enmore. Adieu la proximité avec l’uni.
Bonjour semestre de la galère transportesque.


Quand je reviendrai à pieds d’une soirée au CBD, à moitie bourrée, les pieds en compte, et les cheveux en bataille, je penserai à tous ceux qui vivent dans des endroits vraiment desservis par le bus, atteignables à pieds, à tous ceux qui connaissent les joies du métro. Et je les maudirai (ou alors j’irai me jeter dans le Sydney Harbour. Au choix).


Petite actualisation :

Aujourd’hui, 19h37 : j’ai enfin une maisoooooooooooooon sur ABERCROMBIE ST.
Bon ok, je dois attendre mercredi prochain pour emménager. Bon ok, ma chambre fait 8 mètres carrés. Bon ok, le lit prend les 9/10 de la chambre.
Mais j’ai une chambre ! A Darlington. A 30s de l’Uni. A 2 minutes de chez Marie. A 6 min de chez Juliette.

Finalement, je n’irai peut-être pas me jeter dans le Sydney Harbour, bourrée, les pieds en compte, à la sortie d’une soirée.

lundi 21 février 2011

Paris, tu nous ouvres ton coeur, et tout dans Paris est bonheur...

Bras dessous, dessus, tout au long de la rue, voilà tout Paris qui te chante éperdu… oh la la, oh la la, OH LA LA !


Bon ok j’ai trop regardé « Anastasia » et la simple évocation de Paris et des Champs-Élysées me fait penser à la belle rousse dansant dans la neige Saint-Pétersbourgeoise, attendant son heure parisienne. Mais après tout, la fille me ressemble. Ok je ne suis pas la fille disparue de Nicolas II, mais la miss est une russe, rêvant d’aller à Paris pour y trouver le bonheur. De là à tracer un parallèle avec moi, il n’y a qu’un pas… « Ensemble à Paris » disait son médaillon.
Ensemble à Paris, pour nous toutes, dans 4 mois. Oh la la… Oh la la !

Mais voilà que je divague. Je n’avais que trois semaines en France, et trois jours à Paris. Trois jours d’un froid glacial, trois jours de déambulations à travers des rues bondées de passants pressés. Trois jours à photographier un peu partout, chaque immeuble, chaque passant, chaque poubelle… (oui je suis un peu obsessionnelle dans mes amours).

Je ne raconterai pas mes tribulations parisiennes, elles ne vous intéresseraient pas. Elles se résumeraient en chaussures, sacs à main et blablatage avec de vraies amies, en cafés pris entre deux courses à travers la ville, en restaurants nocturnes et en BONS vins à 3 euros (oubliez le goon, et toutes les picquettes australiennes. Halléluia, le paradis existe. Il s’appelle Paris. Il s’appelle la France). Non j’exagère, je ne suis pas SI matérielle (après tout j’ai un passé indonésien et tasman derrière moi pour en témoigner. Photos à l’appui).
J’ai beau avoir débarqué de l’avion à Nice en UGGS, teint hâlé, mais cheveux non lavés et vieux hoodie sur le dos (en mode australienne dégueue, donc), j’ai bien vite repris mes habitudes françaises. Je suis une aventurière dans l’âme. Certes parce que je peux gravir le mont Bromo en pleine nuit, sans lumière et sans oxygène. Cette partie de moi était effectivement un mystère caché, qui s’est brutalement révélé (non pas sans quelques larmes, au sommet du dit Bromo). Mais n’oublions pas que je suis de celles qui peuvent faire un changement à Châtelet à 18h, perchée sur des talons de 12, et le tout en moins d’une minute cinquante, après avoir passé 9h à jongler entre la rue Saint Guillaume, Saints-Pères et le fichu Boulevard Saint-Germain. Paris est une aventure en soit. A côté de la foule hystérique des travailleurs parisiens à l’heure de pointe dans le métro, même les Javanais sont un modèle d’éducation.
Alors suis-je devenue une vraie aventurière, mature et sûre de moi comme on me l’a si souvent fait remarquer lors de mon passage en France ? Ou suis-je restée la même, aventurière dans ma superficialité ?


Mais je divague encore. Si je me lance sur les différences entre la France et l’Australie, je pondrai surement un article sérieux (et ennuyeux). J’attendrai pour cela le 17 mai et la rédaction de mon rapport de séjour d’études. Après tout, il est justement sensé se focaliser sur un tel sujet.

Alors restons pour l’instant en France. Oublions l’Australie. Plongeons un instant dans les merveilles parisiennes. J’aime me plaindre et je choisis toujours des sujets où je peux m’en donner à cœur joie (le lecteur comprendra bien vite pourquoi).

Tout commençait plutôt bien. Dernière matinée à Paris. Dernière petite course à faire, rue de Rennes avant de filer par TGV vers le sud, ma terre quasi-natale. Je laisse donc ma hôte pour quelques heures, histoire de faire la dite course. Arrivée sur place, déception : la boutique est fermée. Qu’à cela ne tienne, je suis munie de mon blackberry ! Haha. Fini les Nokias viellots (passés à la machine entre temps, à Melbourne. « Bordel mais où ai-je mis mon portable ? Ah oui je sais ! Dans la poche de mon jean. Bordel mais où est mon jean ?? Dans la machine… Ah »). En deux clics (qui m’ont quand même pris 15 minutes, vu que mes doigts littéralement gelés, -4°C dans les rues de a capitale) je localise une boutique semblable à Saint Lazare. Horreur et damnation. Je sens que ça va être ma fête. A part les Galléries Lafayettes je n’ai jamais été foutue de trouver quoi que ce soit dans ce quartier. Je ne sais même pas différencier le boulevard Haussmann de Trinité. Mais je suis optimiste, je me lance.

Trois derniers tickets de métro, je n’ai pas intérêt à me foirer. Dommage ! Je prends le mauvais métro (ça m’arrive allez… une fois par an ? Il fallait que ce soit ce jour là bien sûr. Sinon, ce n’est pas drôle).

Coûte que coûte je parviens à Saint Lazare (après 10 changements douteux). Les yeux rivés sur mon GPS je cherche la bonne rue… Lorsque je réalise que je n’y suis pas du tout. M’apprêtant à repartir dans l’autre sens, je sens mon monde s’écrouler. Blackout total. Mon BB affiche un écran blanc. « Désolé ma poule, il fait trop froid pour moi, je m’en vais hiberner », semble-t-il me dire. Rien n’y fait, ni mes supplications, ni mon acharnement sur les boutons. BB refuse ce froid glacial. Je suis déjà à deux doigts de balancer BB dans la Seine (ouais bon niveau orientation c’est pas ça. La Seine n’est pas là du tout. Mais alors DU TOUT).

A deux doigts d’abandonner (après 30 minutes de marches en rond entre les galeries Lafayettes et le Printemps), je pige enfin (grâce à l’aide d’une carte municipale judicieusement placée pour les débiles comme moi) que la rue Saint Lazare longe Trinité. Je me lance, les pieds en compote et le nez à deux doigts de s’émietter, vu sa glaciation avancée. Après encore quelques péripéties (telle un numéro d’immeuble mal renseigné sur le site de la boutique), je trouve enfin mon bonheur. Enfin je trouve la boutique (mais c’est déjà un vrai bonheur), mais pas ce que je cherchais dedans.

Tant pis, je rentre bredouille. Rien ne pouvait être pire de toute façon. C’est bien ce que je pensais, naïve. Mon train partait en fin d’après-midi et une heure avant, mon amie me force à partir (le métro, toussa, toussa, on ne sait jamais). Je saute donc dans le RER gare Etoile-Charles-de-Gaulle, à 20 min à peine de la gare de Lyon. Arrêt à Auber. Une minute. Deux minutes. Dix minutes. Heuuuu…
Entre deux cris de voyageurs énervés je parviens à capter qu’un coli piégé à Gare de Lyon bloque le trafic. Ah ben ça tombe bien, pour aller de Auber à Gare de Lyon il n’y a pas moins de 3 lignes de métro. Et il ne me reste plus qu’une demi-heure.

Me trimballant ma valisée infirme (elle avait perdue une roue dans l’un de ses nombreux voyages) dans les couloirs des métros, je parviens à émerger à gare de Lyon à 16h15. Le TGV partant à 16h19. C’est toujours ces jours là qu’on a une folie envie de damner la précision légendaire des TGV.

Il n’y a rien au monde de plus jouissif que d’arriver en retard à gare de Lyon et d’apprendre que son train part du quai 21, soit un quai séparé des sorties de métro par une jungle de voyageurs transpirants, s’entassant dans de longs couloirs. Je sprinte, tirant ma valise derrière moi comme je le peux.

« La gare est en travaux, mademoiselle, vous ne pouvez pas passer ici. »

Damned ! « Mon train part dans 2 minutes, laissez moi passer ! »

« Présentez votre titre de transport, s’il vous plait mademoiselle »

« Mais mon train EST LAAA, A QUAI ! LAISSEZ MOI PASSER. »

« Ah oui… le train de 16h19 ? Dépêchez-vous »

Bordel.

Quai 21, 16h18 et vingt secondes. J’avais déjà perdu un poumon en Tasmanie, souvenez vous, voilà que je manque de perdre le deuxième. La chance me sourit pour une fois : mon wagon est le premier. Je saute dedans, le visage aplati contre la porte, les quatre fers en l’air. J’y suis. Amen. Attention à la fermeture automatique des portes. Soufflant comme un bœuf, je m’installe dans mon siège, et maitrise ma crise de nerf comme je le peux à coup de mots fléchés, gracieusement prêtées.

3h15 de route, sans péripéties. Je me fais quand même engueuler par le contrôleur (oui je n’ai pas eu le temps de composter mon billet). SNCF, mon amour.


Deux heures et quarante cinq minutes plus tard le train s’arrête en gare de Nîmes. 50km de Montpellier. Cinq minutes passent, puis dix. Je commence à rigoler doucement. C’est un test, une caméra cachée. Un canular joué par le vieux monsieur au ciel, pour vérifier mon degré de patience (il le sait bien pourtant, j’en ai aucune). Mais non, tout est vrai. « Suite à un accident sur un passage à niveaux à Lunel notre TGV est bloqué en gare de Nîmes pour un temps indéterminé ». C’est le pompom. Ne s’offre à moi que l’immolation par le feu.

Ma famille me sauve d’un suicide (qui aurait causé un deuxième accident sur les voies et une belle pagaille sur le TGV Sud-Est pour toute la nuit). Après une attente de 45min dans le froid mordant, on me récupère enfin en voiture. A l’heure où je partais enfin, le train était toujours en gare.
Secrètement, tout au long du reste du voyage, j’attendais une panne d’essence ou une autre connerie de ce genre. Mais étonnement, rien de tel ne nous arriva.

Quelle galère.
Oh la la.

jeudi 27 janvier 2011

Tassie, my own Land of Inspiration

Bali n’est pas une ville. C’est une île.
La Tasmanie n’est pas un pays. C’est un Etat australien.


Oui ces vacances estivales ont été riches en découvertes géographiques et géopolitiques, pour bien d’entres nous.

Après avoir glandé à Sydney et avoir vu le plus beau (et le plus court) feu d’artifice au monde, on s’est lancés à l’assaut de la Terre de Van Diemen. Ce hollandais obscur, au nom peu évocateur pour nous, Européens éloignés et eurocentristes, n’était nul autre que le gouverneur des Indes Néerlandaises au XVIIe siècle. C’est à lui qu’il appartint d’envoyer le fidèle Abel Tasman à la découverte des terres australes. Je m’apprêtais donc à suivre les pas de ce bon vieux Tasman afin de me rapprocher de ces terres désolées et méconnues. Mais que savions nous de la Tasmanie avant notre départ ?



Quelques faits. Tasmanie : 476 000 habitants et une superficie à peine plus grande que la Lettonie. Capitale ? Hobart. Une terre vierge, un Etat de l’Australie dont les 3/4 des terres ne connaissent pas les bienfaits de la civilisation. Un nombre impressionnant de parc nationaux et une population de moutons supérieure au nombre d’habitants. Un désert humain. Un caillou australien balayé par les vents. Jadis, terre de reclus, de forcenés et de tueurs avides de sang, la Tasmanie représentait la destination crainte par tous les bagnards britanniques. Ne pas maitriser l’art de la serpillère sur le navire vous valait la joie de devoir coloniser la Tasmanie et non pas la belle ville de Sydney. La prison de Port Arthur, aujourd’hui en ruines, témoigne de ce passé si peu glorieux. Nous étions donc partis à la découverte du second cœur historique de l’Australie (après Sydney), ainsi que de son joyau naturel, fait de forêts vierges et de lacs transparents.

Petits malins que nous étions, nous avions choisi le mois de janvier pour voyager. Les bruits couraient que les touristes ne s’aventuraient pas dans ces terres en dehors des quelques mois estivaux. Les pingouins avaient élu domicile sur les côtes tasmaniennes et soulignaient ainsi la proximité dangereuse qui existait entre la Tasmanie et le cercle polaire. Notre but était donc de profiter des rares jours de soleil et de pouvoir dormir dans des tentes –non étanches (car voyageant à 10 dans un van et une voiture, nous ne pouvions héberger tout le monde la nuit tombée).
Tout promettait d’être fantastique. Les parcs, les lacs, les forêts, les feux de camps, les van puants.

Hobart s’est offerte à nous comme une ville tranquille, composée de cottages aux couleurs pastels, avec ses petits musées, ses usines de confiture transformées en galléries d’art et son minuscule port marchand, le tout coincé dans un mouchoir de poche. Le soleil était au rendez vous, baignant la ville et nous réchauffant des bourrasques de vent.

Mais le tableau s’est assombri lentement, à mesure que la journée tirait vers la fin. Il a fallut d’abord établir un itinéraire. Bien entendu, on avait attendu le dernier moment – soit la table crasseuse d’une auberge de jeunesse au lugubre nom de Transit Backpaker, la veille du road trip – pour étaler notre carte géante de la Tasmanie. 6 jours. Un van et une voiture. Près de 1000 km à faire.
Il nous a fallut batailler, se faire entendre parmi une foule de chinois animés, qui avaient pris d’assaut notre backpaker. Après des délibérations interminables, on décida finalement de zapper Port Arthur, ses fantômes et ses visites nocturnes à la bougie. Trop cher pour notre budget serré. Ne restait plus qu’à finir la nuit, récupérer le van et la voiture, caser 10 personnes, leur bordel respectif et de quoi les nourrir pendant une semaine dedans, et en route mesdames et messieurs !


Nos premières deux journées sont consacrées à deux parcs, Hartz Mountains et Mount Field. On y trouve des lacs entourés de plaines lunaires, à mi chemin entre la garigue et la lande, des cascades en veux-tu, en voilà, des eucalyptus géants où les koalas auraient pu festoyer, si ce n’est le froid polaire de cette terre de désolation. Des parcs où on nous offre des chemins tout tracés, fléchés. Des balades agréables, malgré la bruine qui s’immisce petit à petit sous nos pulls, nous forçant à revêtir des k-ways en forme de sacs poubelles, aux couleurs plus vives que ceux de l’arc en ciel, pointant parfois son nez au dessus de nos têtes.

En effet, ces deux premiers jours nous annoncent la couleur météorologique du reste du séjour. Il nous aura fallut deux heures de van pour comprendre que le soleil était réservé à Hobart, la seule ville de plus de 1000 habitants de l’île.

Ainsi, après une soirée paisible dans une aire de camping, au coin du feu (on s’est rendus compte que les bûches étaient gratuitement placées à disposition du voyageur égaré, bien après avoir passé 2h à raser la forêt voisine à la recherche de brindilles et buchettes convenables parmi les plantes exotiques et les eucalyptus géants), on a monté nos tentes, et 6 gais lurons s’y installèrent pour la nuit. Une tente est de loin plus confortable qu’un van puant les pieds. Mais au petit matin, nous découvrîmes que seule notre tente était vaillamment restée sur place. Les 4 autres gais lurons avaient fuit le cataclysme de la nuit et s’étaient éparpillés qui dans le van ou la voiture, qui sous un abri de fortune. Les deux autres tentes n’étant pas imperméables, les habitants avaient sauvé leur peau devant le sérieux dégât des eaux qui s’était abattu sur eux, sournoisement, en pleine nuit. 3h pour faire sécher les tentes dans un climat d’humidité ambiante. Pas lavés et baskets trempés aux pieds, nous repartons néanmoins, de gaité de cœur.

Mais le soir venu, toute trace d’enthousiasme quitta nos visages. Après des kilomètres de recherche (et le refus de dormir à l’abri d’une centrale électrique), la rive d’un lac balayé par une tempête glacée remporta la majorité des suffrages dans notre minuscule démocratie. Les larmes me viennent aux yeux. Pourquoi ? Pourquoi ce lac glacé ? Pourquoi cet endroit balayé par les vents et la pluie ? (dans mon top ten des pires endroits au monde, le lac Tarraleah est TRES bien classé). Une seule explication : je voyage, sans le savoir, entourée de masochistes. Monter les tentes dans le noir, par un froid glacial et sous les attaques de vent fut un délice. Ce soir je dormis néanmoins dans le van, sous les hurlements du vent, en priant pour ceux qui avaient écopé des tentes.

La route se poursuivit vers Craddle Mountain, rythmée par des pauses brosses-à-dents, des pauses pipi de 1h30 (avec une moyenne d’un WC et de 10 minutes par personne, faites le calcul), des déjeuners erratiques à base de pâtes non saucées ou de riz blanc et de panes d’essence évitées de justesse. Au détour de deux montagnes, la vallée de Queenstown s’offre à nous. Alors que nous espérions une ville où nous pourrions goûter enfin aux joies de la civilisation, nous ne trouvons qu’une station essence où de gros bras tatoués vendent des effigies de la Vierge Marie, à tamponner sur des toast fraichement grillés. Qu’est ce qu’on se marre à Queenstown. Nous ne restons que le temps d’un plein.

Craddle Mountain, enfin, à la tombée de la nuit (notre voyage ralenti à nouveau par les pauses pipi et de nouvelles discordes d’itinéraire). Les deux seuls aventuriers se lancent à l’assaut du Lac Dove tandis que les 8 autres boudent dans les voitures. Mais les aventuriers ne se découragent pas. Saisis par la beauté des lieux, ils nous tirent des voitures pour une petite balade vers le paradis des randonneurs. On est bien forcés de l’admettre, nous fainéants, la beauté de ce lieu majestueux est saisissante. On dévore le paysage des yeux malgré la pluie incessante et nos corps fatigués, pas lavés depuis 4 jours. Je m’attends à voir débarquer sur la rive, la fée Morgane, venue chercher des noises au roi Arthur. Le lieu se prête aux contes fantastiques et légendes en tout genre. Mais rien. Seulement le crépuscule, qui nous force à grimper dans les voitures avant de se faire renverser au détour d’un chemin par une horde de kangourous carnivores.

Camper à Craddle Mountain relève de l’impossible : à l’accueil on nous annonce laconiquement que les emplacements sont inondés. Damned ! Notre plan van-voiture-tentes-et-joies-du-camping tombe progressivement à l’eau. Ce sera bakcpack ce soir, les enfants. Une douche chaude en prime.

Certes il faut payer 1 dollar pour 5 minutes d’eau chaude. Certes les matelas sont recouverts d’une housse en plastique qui vous glace si par mégarde la nuit vous glissez hors de votre sac de couchage mal fermé. Mais on dort enfin. Au sec. Dans une chaleur relative.
Le jour suivant nous promet quelques rayons de soleil et Freycinet, l’un des plus beaux parcs de Tasmanie. Le van dévore les kilomètres et nous amène à travers des collines, des champs d’or, des lacs brillants sous le soleil. Moi au volant, les autres endormis à l’arrière du van, je profite du silence (la radio nous a lâchés un peu plus tôt dans la journée) et de cette immensité à perte de vue, où seul le moteur de mon van ronronne doucement. Pas une voiture, pas un rat. Une paix inestimable, dans une nature intouchée par l’homme, hormis la route goudronnée que nous empruntons.

Le voyage se faisant plus rapidement que prévu, nous décidons de nous arrêter à Bicheno. « The warm heart of the East Coast » annonce fièrement un panneau touristique. Mais on ne nous aura pas. A l’entrée de la ville, nous avions remarqué la rivière sortie de son lit. Les choses s’annoncent folichonnes à Bicheno… Les pluies diluviennes sont déjà aux portes de la ville. Un café, une boulangerie et un IGA rikiki. Vous avez fait le tour de Bicheno, merci, au revoir. 700 habitants, la pluie et nous.

On se carapate, à défaut d’avoir autre chose à faire, jusqu’à un point de vue où jadis il y avait des baleines (vue la tempête sur l’océan on n’en voit pas des masses) et au blowhole, un trou entre deux rochers d’où jaillit la mer. Manquant de se faire emporter par des vagues de 4m, on décampe. Cette nuit nous filoutons, une chambre de 2 réservée pour 10. Nul n’est sur place pour nous voir : nous sommes 5 dans la chambre, 3 dans le van et 2 dans la voiture. Il faut néanmoins se glisser dehors à 6h du mat pour ne pas croiser le propriétaire.

Dans la seule boulangerie ouverte on apprend du journal local que les routes que nous avons gaiement empruntées hier (souvenez vous, les collines, les champs dorées, toussa toussa) sont inondées. Temps de quitter Bicheno, avant que l’amphibie, qui nous guète déjà, ne nous fasse muter.

Freycinet se classe dans mon top Ten personnel des endroits décevants. On nous avait promis ceci:



Mais on ne vit que cela:



Une marche interminable pour voir une baie invisible (recouverte de brouillard). La Wineglass Bay tire son nom du sang qui affluait sur les côtes lorsqu’on y massacrait les baleines. Ou étaient ce les Aborigènes ? Les détraqueurs de la légende parient sur la forme de la baie pour ce nom. D’autres encore s’estiment intelligents en affirmant que la baie fait référence aux Français, amateurs de vin (Freycinet était un gaillard de chez nous). Trop de légendes pour un endroit abandonné par Dieu (trop froid, trop venteux, irrécupérable). La visite se poursuit avec une descente aux Enfers (la baie en question, où le vent hurle fort et le sable fouette bien plus encore) et une remontée qui manque de me coûter un poumon et l’ensemble de mes nerfs. Le tout sous la pluie battante bien sûr, sinon ce n’est pas drôle. Trempés jusqu’aux os, affamés, déçus, nous roulons vers le sud.

Dernière nuit (étonnamment sèche, il ne pleut pas à Hobart) sous une tente. C’est un plaisir. La douche n’est pas loin, il fait sec sous la tente et chaud dans le duvet.

Le lendemain, Tiger Airways refuse d’afficher notre vol au Terminal des départs. Alors on s’étale à dix dans un couloir, par terre, comme des clodos, pour manger notre déjeuner à base de nouilles en poudre versées dans un gobelet d’eau chaude à $0,5. Finalement les employés de Tiger reviennent de leur interminable pause déjeuner, programment le vol et on est bons pour partir à Melbourne.

samedi 15 janvier 2011

1435 km in Indonesia

Le 30 novembre 2010, deux de mes amis et moi, nous avons décollé de l’aéroport de Sydney pour atterrir quelques 5h plus tard à Denpasar, la capitale de Bali. L’Indonésie est la destination rêvée de tout Australien puisque Bali est plus proche de Perth que Sydney de Darwin. En somme, voyager en Asie se trouve être plus aisé que visiter l’Australie elle-même.

Cependant, ce voyage ne se plaçait pas sous les meilleurs augures. Quelques semaines avant notre départ, alors que les billets étaient déjà dans nos poches et l’itinéraire n’était qu’une vague idée (ainsi que l’étaient nos rudiments géographiques puisque non, Bali n’est pas une ville d’Indonésie, mais bien une île) le volcan Merapi explosa sur l’île de Java, obstruant le passage vers le centre culturel du pays que constitue la ville de Yogyakarta et Borobudur, le plus grand temple bouddhiste du monde. Cette catastrophe naturelle, combinée avec des risques d’attentats terroristes, omniprésents depuis les explosions mortelles à Kuta Beach en 2002, ne nous ont pas découragés.


L’avion a décollé et l’atterrissage s’est fait dans une moiteur tropicale. Bien entendu, nous avions choisi la saison des pluies pour voyager en Asie du Sud Est. La seule saison pendant laquelle il n’est pas recommandé de voyager (glissements de terrain, inondations et autres joies de la nature pouvaient nous attendre au tournant). Sans compter que les pluies diluviennes découragent d’habitude le plus aguerri des voyageurs. Mais le fait est que nous n’étions pas des voyageurs aguerris (du moins le 30 novembre nous ne l’étions pas encore).

Tout au long de ce mois de voyage, la pluie tropicale nous a arrosé tous les après-midi, et parfois certaines nuits. Lorsque la mousson était absente, on souffrait d’une chaleur moite et d’un soleil de plomb qui brûlait nos nuques.
Malgré des conditions climatiques déconcertantes nous avons erré à travers les terres montagneuses de Bali pendant une dizaine de jours. Nous avons ensuite emprunté un ferry pour rejoindre l’île de Java. L’immensité de cette île nous a obligé à nous essayer à tous les transports locaux, pour rallier la ville de Jakarta, située à l’extrême ouest de Java. Nous avions ensuite volé avec Lion Air (classée sur liste noire européenne) pour atterrir à Lombok où nous avons passés la semaine la plus stressante et à la fois la plus paresseuse de tout le voyage. Il nous a fallut 48h entre le 26 et le 28 décembre pour rejoindre Sydney, point de départ de cet incroyable voyage.

Tout a donc commencé à Bali. Bali Sud. Contrairement à la plupart des touristes, nous avons passé seulement une soirée à Kuta, le repère des surfeurs australiens aux mèches peroxydées (et de tous les touristes plus généralement). La plage n’avait rien d’exceptionnel et les rues étaient bordées de Roxy, Billabong et autres compagnies occidentalisées, tentant le surfeur aux mèches blondes. Nous avons préféré nous concentrer sur la vraie vie balinaise. Nous avons donc goûté aux joies de Denpasar.

Décrire Denpasar en quelques mots n’est pas difficile. Une chaleur étouffante, un nombre de motos affolant, une odeur tenace d’écurie. Des rues plates, des maisons ne dépassant jamais les trois étages. Une ville tentaculaire, entrecoupée parfois de rizières sales et polluées. Une ville que je n’ai pas réussi à aimer. Nous y avons visité des marchés, parmi lequel le traditionnel marché aux oiseaux, que nous avons retrouvé ensuite plus ou moins inchangé dans chacune des villes que nous avons traversé. L’étouffement de cette ville nous a chassé vers l’extrême sud de Bali où nous avons pu profiter de la vue impressionnante qu’offrait le temple d’Ulu Watu. Un des nombreux temples hindous d’Indonésie qu’on a visité à la chaine. Mais c’était sans aucun doute le plus beau. Perché sur une falaise surplombant la mer, il était peuplé de singes voleurs de lunettes et autres petites babioles qu’il a fallu cacher.

Quelques kilomètres plus loin, nous avons visité une petite crique, paradis des surfeurs, mais malheureusement inaccessible à la baignade.
Revigorés par cette fraicheur, nous avons ensuite visité le sud est, avec la ville côtière de Sanur et l’ile de Nusa Lombogan, au large de Bali. Malheureusement, ici, le Bali de carte postale n’existait pas. Le Lonely Planet nous avait vendu des plages de sable blanc et une eau turquoise mais le sable couleur pisse était déserté par les baigneurs et même les crabes refusaient d’y élire domicile. L’ensemble de la côte était pollué par des déchets. La nature de Bali est magnifique, si on ferme les yeux sur le plastique, les papiers gras et les objets divers et variés qu’on trouve dans les forêts, dans l’eau de mer et partout où l’homme réussit à avoir un accès.

Plus au nord, Ubud nous a sortis de la torpeur dans laquelle nous avaient plongés deux jours à Sanur. Centre culturel de Bali, on y a vu des sanctuaires habités par des singes, des rizières luxuriantes et un nombre incalculable d’échoppes où les artistes locaux vendaient leur art. On s’est rapprochés quelque peu de la culture locale, à travers un spectacle de danse (dont les hurlements à la torche sous la mousson en plein milieu de la nuit resteront gravés dans ma mémoire) et la visite de nouveaux temples et palais royaux.





Des spécialités locales

La suite du voyage s’est faite en voiture, vers Munduk. Sur le chemin, nous avons pu gouter à une spécialité locale, le Kopi Luwak. Le Kopi, le café en Indonésien, est ici traité d’une façon particulière. Une mangouste locale, le Luwak, adoratrice des grains de café, est élevée pour s’empiffrer de café. Après une longue digestion, le Luwak rejette les grains de café. Et on fait du café avec. Une petite histoire charmante qui explique pourquoi 100g de ce café coûte 25 euros, soit une journée de salaire pour un porteur de souffre à Kawa Ijen (dont le lecteur découvrira les merveilles un peu plus loin).
Ceci dit, le Kopi Luwak n’était qu’une bizarrerie dans notre régime alimentaire bien rodé. Comme dans tout pays asiatique, le riz est la BASE. En Indonésie, le Nasi (riz) Goreng (frit) est la version préférée du riz. Un riz cuit avec des légumes, légèrement doré et particulièrement bon. Mais un riz qui se mange matin, midi et soir. Donc un riz très vite écœurant. On peut varier un peu le plat avec des nouilles (Mie Goreng). Le tout toujours accompagné de Ayam (poulet). Un régime alimentaire qu’on a essayé de briser en buvant du Coca (qui paraît bizarrement rafraichissant par 35 degrés) et en variant les desserts (mais là aussi le choix était maigre : des Pisang Goreng, comprenez de la Banane frite ou des Pancakes… à la banane !). Oui, on ne pourrait pas parler de la nourriture indonésienne sans parler de banane. Car les bananes sont partout. Elles sont la base de tous les petits déjeuners, ainsi que de tous les desserts. Si bien que j’ai fini par préférer le Nasi Goreng en petit déjeuner plutôt que la Pancake à la banane. Je vomis désormais la banane… Dommage.

Enfin, un autre des plats exotiques qu’on a tenté fut le serpent. Du moins, mes compagnons de route l’ont tenté. J’ai sucé quelques os de serpent du bout de la langue, peu convaincue du bienfait de manger un cobra qui avait plus d’arrêtes que le plus chiant des poissons. En curry ou frit, le cobra n’est pas mon plat favori.


De notre lien avec la nature
Comme le lecteur l’aura remarqué, en Indonésie nous avons aussi eu une relation poussée avec la nature et diverses bêtes. Des bêtes exotiques telles que le Luwak ou le serpent. Mais nous avons surtout eu affaire à de petits habitants locaux. Parmi les plus grosses anecdotes du séjour, on retrouvera le cafard d’Ubud. Ayant tenté une sortie de sa cachette dans la salle de bain, nous avons essayé de l’assassiner en versant de la lessive dessus. Puis nous avons essayé de le noyer. Et comme il survivait à chaque fois, un de mes compagnons de voyage l’a achevé d’un grand coup de tapis de bain. Dieu merci, nous sommes partis de la chambre bien assez vite, pour ne pas voir éclore ses milliers de petits rejetons. Parmi nos meilleurs amis, lors de ce séjour, nous avons aussi comptés les fourmis et les geckos. Ces deux espèces bien éloignées sur la chaine de l’évolution cohabitent joyeusement dans toutes les habitations. Ainsi, à Munduk, étape suivante de notre visite de Bali, nous avons pu faire plus ample connaissance avec eux. Les fourmis se font une joie de tapisser le sol dans tous les hôtels. Les geckos, eux, habitent dans le toit et poussent des cris stridents la nuit (quand ils ne tombent pas sur nous). Mais dans l’ensemble, ces petites bêtes ne sont pas nuisibles. Les moustiques le sont bien plus. Armés de crèmes repoussantes, et de pilules anti-malaria, nous avons réussi à les braver tout au long de ce mois de voyage.

La proximité avec la nature, nous l’avons expérimenté à travers les marches, les treks dans la forêt ou encore la plongée sous marine. Le lecteur me connaissant s’étonnera de cette proximité. 100% citadine, convaincue des bienfaits des métropoles, aimant la nature uniquement lorsque celle ci est stérilisée et vue à travers les fenêtres d’un véhicule confortable, je ne suis pas une grande randonneuse. Cependant, la plus value de ce séjour a sans l’ombre d’un doute été cette découverte d’une nature luxuriante, changeante et imprévisible. A Munduk, nous avons justement échangé l’atmosphère étouffante des villes pour une ambiance des plus mystiques.



Selon les Balinais, « munduk » signifie littéralement « petit chemin dans la rizière ». Ce nom poétique nous a bien fait rire. La réalité moins. Munduk nous est apparu comme une série de maisons, coincées contre le flanc d’une montagne, à deux pas d’un précipice. Etalées le long de la route, sur une dizaine de kilomètres, Munduk était une ville toute en longueur, plongée dans un brouillard intense, qui nous glaçait les os. Nous n’avions qu’un jour pour visiter Munduk, alors il nous a fallut braver la pluie pour traverser les forêts de montagne et atteindre les chutes d’eau, faisant la renommée de Munduk. Une marche pénible, faite de boue et de chemins transformés en ruisseau. Coursés par des chiens dans la forêt, grimpant des collines presque à genoux, nous avons quand même réussi à atteindre les chutes d’eau.

Le deuxième trek du voyage s’était fait autour de Pemuteran, une ville de la côte Nord Ouest de Bali. Pour la première fois nous découvrions une forêt presque vierge, à Bali. A la découverte de la forêt s’est succédée la découverte des fonds marins. Malgré mon appréhension des poissons (oui, cela a fait beaucoup rire le guide) je me suis mouillée. Le plus beau des aquariums n’arriverait pas à la cheville des côtes de cette petite île, dont le nom m’échappe aujourd’hui, au large de Pemuteran. Une eau turquoise, transparente, des poissons plus beaux les uns que les autres et des coraux intacts.
C’est sur cette image paradisiaque, que nous quittâmes l’île de Bali pour Java.


Java, nous voilà

Après 3h passés dans un ferry (le LP nous vendait une demi-heure, mais bon garer un ferry de je-ne-sais-pas-combien de tonnes nécessite de l’expérience. Et quelques heures en rabe), nous débarquions, frais, à Java. Après s’être faits engueulés par des locaux, hermétiques à toutes formes d’anglais, avoir crevé un pneu dans un bemo (comprenez un mini bus où on ne peux se tenir que la tête baissée entre les genoux et qui se balance sur les nids de poule comme le dernier des rollers coaster américains), on a été jetés dans un bus rempli à rabord d’écoliers, de vieux édentés et de cages de poulets. On avait refusé de payer avant d’arriver à Bondowoso. Ça tombait bien, le bus affichait fièrement « Bondo » sur le pare-brise. Cependant, à Java, Bondo n’est pas le diminutif de Bondowoso, comme on a pu naïvement le croire. Bondo est le nom donné à Situbondo, une ville située à 70km de Bondowoso. Malgré cette petite péripétie, on arriva sains et saufs à Bondowoso.

Payant la somme (non modique) de 30 euros au Palm Hotel, nous avons eu droit à un chauffeur mi javanais, mi danois, fier d’être catholique dans un pays rempli de musulmans coincés (selon ses dires), nous amenant à Kawa Ijen. Le lac Ijen, véritable merveille n’est atteignable qu’après une marche de 3km en montée, puis une descente parmi les ;vapeurs de souffre (mauviettes s’abstenir. D’après notre fidèle LP, il y a déjà eu des morts par là. Français. Haha) en compagnie des porteurs qui pour une modique somme de 20 euros par jour charrient 90 kg de souffre sur les pentes d’Ijen deux fois par jour. Le lac est d’un bleu azur (et de 0 ,5 de ph). On remonte les parois du cratère avant que le vent ne tourne et qu’on ne soit asphyxiés par les vapeurs de souffre. Ou qu’on ne tombe dans un lac d’acide.

En route vers Malang (« je donne Malang au chat », « y a-t-il des palais à Malang ? » mes compagnons ne manquent pas de blagues à ce sujet). Nouvelle expérience des bus à Java : transpiration, arrêts prière et harcèlement à coup de corbeilles en feuilles de bananiers par les vendeurs ambulants. Mais nous survivons. Assez pour découvrir une ville aux trottoirs qui nous permettent de marcher pour la première fois sans risquer de se défigurer dans un trou d’égout mal bouché.

Mais la véritable attraction de Malang est le volcan Bromo à quelques 30 km de là. Il nous faut cependant 3h pour les faire en voiture, en plein milieu de la nuit. Car l’attraction touristique prévoit de gravir la montagne voisine, la nuit (sans lumière s’il vous plait, et par 3 degrés) pour assister au lever du soleil. Le guide nous explique que le site est en alerte, car Bromo fume (beaucoup. Nous obscurcissant le lever de soleil) et risque de rentrer en éruption d’une semaine à l’autre. Fascinant. Flippant. Mais le volcan ne sera pas rentré en éruption et nous poursuivîmes notre progression vers l’Ouest, vers Jakarta.

Mais avant Jakarta il reste plus de 600 km. Et Blitar est une destination sur notre feuille de route. La ville ne présente aucun intérêt, hormis la tombe du feu-Bung Karno (soit Soekarno pour les occidentalisés). La ville n’a pas du voir de blancs depuis que les Anglais l’avaient quittés, submergés par les révoltes indonésiennes et la guérilla anti-hollandaise. Les jeunes du coin nous épient du seul café de la ville ouvert après 19h et les chinois qui tiennent le seul restaurant répertorié de la ville voient d’un mauvais œil notre trio. Malgré cet accueil peu chaleureux, on consacre une journée de plus à Blitar, pour visiter la maison et le tombeau de Soekarno. Un monument… monumental, gigantesque. Des blocs de béton jeté sans harmonie autour d’une tombe majestueuse, où les Indonésiens viennent en famille prier sur la tombe de leur Frère. On observe en retrait, respectueux.

Mais pas le temps de s’attarder. Solo, le cœur conservateur, nous attend.


Retour aux sources
On nous avait prévenu, pas de rigolade à Solo. Finis les mini-shorts de Bali et le développement foisonnant. Solo est l’un des cœurs historiques de l’Indonésie, un foyer réputé pour ses liens intimistes avec les sympathisants du Jihad. Dans le bus, ça ne déconne pas : qu’on ait 2h de retard sur le planning ou pas, qu’on soit à 10 km de la ville ou pas, on ne loupe pas l’arrêt prière. Pourtant Solo est une ville frappée par la mondialisation. Des panneaux géants dans des rues surpeuplées de véhicules motorisés nous vendent du Sony, du Panasonic, du LG… On se croirait dans un Darty géant, où les revendeurs d’électroménager occupent les ¾ des locaux de la ville. La mosquée nous est fermée et on n’a droit de visiter que de vieux palaces défraichis où il est requis de laisser ses tongs à l’entrée, pour profiter des bienfaits de la marche sur du sable poussiéreux. Cette ville devait nous donner un avant-goût de Yogykarta, le vrai centre culturel du pays tout entier.


Yogykarta, Jogja pour les intimes, est une métropole où un quartier particulier est assigné aux touristes. Des petites rues typiques, remplies de vieilles édentées vendant des sarongs, des restaurants bien balayés et des petites maisons d’hôte où des maitresses de maison vous serviront des pancakes maison au petit déjeuner, sur des tables de jardin en plastique. Mais une ville aussi connue pour sa proximité avec Prambanan, un gigantesque complexe de temples hindous, ainsi que Borobudur, le plus grand des temples bouddhistes au monde. Sans oublier bien sûr le volcan Merapi, dont le sommet domine la ville. Évidement il faut payer 70 000 roupiah pour visiter Prambanan, et 150 000 pour Borobudur (plus de dix fois le prix que paye tout pinouf local). Mais pour ce prix là on a droit à du café gratuit, et des bouteilles d’eau collector, frappées du sceau de Borobudur. On s’en serait passés, merci.




Prambanan a toute la majesté des temples antiques. Des tours ébènes s’élevant au milieu d’un champ. Un décor parfait pour un Tomb Raider virtuel. Indiana Jones se sentirait chez lui, ici. Seule ombre au tableau : les nuages noirs qui forment le parfait background, un peu dramatique, pour les photos des touristes, mais qui rappellent aux plus avisés que la mousson est là. L’arrosage massif nous oblige à rester des heures à l’intérieur d’un temple, à côté d’un Shiva (ou était-ce Vishnu ?) plusieurs fois centenaire. Borobudur est plus décevant. Le LP nous promettait un second Angkor (mais on saura maintenant que hormis les descriptions des petits déjeuners dans la case « accommodations », le LP n’a pas grand intérêt) mais Borobudur ressemble plus à un cendrier géant, posé dans une vallée (le fait que les étals du coin vendent des cendriers en forme de Borobudur est peut être révélateur…). On nous apprend gentiment que suite à l’éruption du Merapi, les cendres encombrent le temple et il est impossible d’y pénétrer. On n’aura droit qu’à une vue panoramique, hélas. Et à une nuée de collégiens locaux, en sortie scolaire, ravis de nous assahir, seuls blancs du coin, pour une séance d’anglais.

De Jogja à Jakarta, nous ne fîmes qu’une bouchée, en train. Notre avion suivant devait nous déposer à Mataram, charmante ville de Lombok, seconde île touristique de l’Indonésie après Bali. De Jakarta nous ne vîmes qu’un bouchon nocturne, un restaurant malaysien et une autoroute sous les feux très matinaux. On nous avait prévenus que Jakarta était une ville surpeuplée, sur polluée, qu’il était difficile d’aimer. Le seul regret de ce voyage serait peut être de ne pas avoir visité plus Jakarta. Mais pas le temps de délibérer, l’avion part déjà pour Lombok.


Welcome to the Honeymoon Island

Ketapang/Jakarta représentait 1100 km. Le tout en 12 jours. Il nous restait 6 jours à passer sur une île plus petite que la Corse. En somme, la farniente.
Mataram : la Blitar locale. Une ville presque fantôme, où un centre commercial désert ne vaut pas le détour, et où le temple local nécessite la location d’un guide. Une après midi pluvieuse nous coince dans un restaurant italien, tenu par un irlandais expatrié en Indonésie après plusieurs années passées à Manly, en Australie. Un compatriote ! On se sent presque chez soi.

Après des délibérations difficiles, notre comité réduit (l’un de mes compagnons de route s’étant envolé pour Kuala Lumpur, en quête de nouvelles aventures) choisit la plage ensoleillée de Kuta plutôt que les escapades montagneuses pour voir le volcan Rinjani. Le voyage constitue une lutte tenace contre l’arnaque puisqu’on essaye de nous entourlouper à tous les détours de bemo. Mais nous arrivons en temps et en heure à Kuta pour admirer l’une des plus belles plages du séjour. Et pour moi, l’une des plus belles plages du monde. Une étendue de sable blanc, bordant une eau turquoise, encastrée entre deux collines verdoyantes. Le temps est au beau fixe et on s’insère sans mal dans le flot de touristes à moto, visitant la côte (et ce, avec une inexpérience totale en matière de deux-roues. Mais ici la confiance règne : « si tu me dis que tu sais le faire, je te crois » nous annonce le loueur de scooters. On ne savait pas en faire. Mais c’est comme tout, ça s’apprend sur le tas). Les habitants locaux nous offrent le spectacle d’une procession en l’honneur d’un mariage. Lombok a beau être en majorité musulmane, ce coin de paradis a été visiblement accaparé par les hindous. Il y fait bon vivre.

Mais notre emploi du temps se resserre et on ne voudrait pas quitter Lombok n’ayant vu que Kuta. On traverse donc l’île de long en large pour rallier Gili Meno, un caillou de 300 habitants jeté entre Bali et Lombok. Coin rêvé pour un Noël non fêté, on s’y repose après un mois de course à travers trois îles.

Le 26 décembre, il est temps de dire adieu à Gili Meno, Lombok et l’Indonésie toute entière. C’est en barque, carriole tirée par un cheval, diverses voitures, ferry puis bus que nous rejoignons l’aéroport international de Denpasar. Il nous faudra encore payer 15 euros de taxes pour quitter cette terre d’usurpation.
C’est avec un certain sentiment de retour à la maison que nous atterrissons à Brisbane. En étudiants fauchés, on a préféré payer 300 euros de moins et voyager 48h au lieu de 5h pour revenir à Sydney. Il nous faudra donc prendre encore une navette, puis un train de nuit, avant de rallier Central Station.

On a cru dire adieu à l’Indonésie le 26 décembre, mais après tout à une bonne femme m’accueillant chez elle pour m’offrir un thé à Munduk et me demandant si je reviendrai un jour ici pour ma lune de miel j’avais par mégarde répondu « pourquoi pas ? ». En effet, pourquoi pas ?